Que dit l'islam orthodoxe à propos de la musique?



Pendant mes recherches j'avais été abasourdi de rencontrer des musulmans qui avaient totalement arrêté d'écouter la musique, car ils estimaient que leur religion la leur interdisait. D'autres l'écoutaient encore, mais ils disaient qu'ils allaient de moins en moins le faire, pour arrêter progressivement. Avant cela je n'aurais jamais pensé que la musique puisse être interdite dans une religion. Un tel précepte demande un immense sacrifice de la part du croyant. Ce dernier doit vivre dans une austérité inhumaine. Et tout ceci... pour rien!

Sur ce sujet, on ne peut pas dire qu'il existe réellement un consensus, même dans l'islam orthodoxe. Il m'a toutefois semblé utile de mentionner ce point, car même si les théologiens divergent, les conséquences sont bien là: bien des gens se privent de musique ou le projettent, croient pécher à chaque fois qu'ils en écoutent, et parfois cela touche même le domaine judiciaire (Afghanistan sous les Talibans). Et surtout, cela montre une fois de plus l'absurdité de la croyance dans les sources musulmanes qui amène systématiquement à débattre du sexe des anges avant d'effectuer n'importe quelle action basique de la vie quotidienne; dans le cas précis, au lieu d'apprécier tout simplement quelque chose d'agréable, cela amène à se casser la tête pour savoir, à l'aide de multiples sources douteuses et débiles, si cela est autorisé ou pas.


Voici tout d'abord une compilation de Hadiths  sur le sujet:

Abou Mâlik Al Ach'ari (radhia allâhou anha) rapporte que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit: "Il y aura parmi ma "oummah" (communauté) des gens qui considéreront le vin, le porc, la soie (pour les hommes) et les instruments de musique ("ma'âzif") comme étant licites." (Boukhâri)

Abou Houraïra (radhia allâhou anhou) rapporte que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit: "Ecouter (individuellement) les instruments de musique est un péché. Se rassembler pour le faire est un péché plus grave ("Fisq"). Y prendre du plaisir est du "Koufr" (Les savants ont traduit ici le terme "Koufr" par manque de reconnaissance envers les bienfaits de Dieu)." (Abou Ishâq)

Nâfi' r.a. raconte que Abdoullah Ibné Oumar (radhia allâhou anhou) entendit (lors d'un voyage) la flûte d'un berger. Il plaça alors ses doigts dans ses oreilles et écarta sa monture de la route en disant: "Nâfi' ! Nâfi' ! Entends-tu encore (le son de la flûte)?" Je répondis: "Oui." Il continua à avancer jusqu'à ce que je lui répondis: "Non." Il leva alors ses mains et ramena sa monture vers la route et dit: "J'étais en présence du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) lorsqu'il entendit la flûte d'un berger. Il fit alors exactement la même chose (que je viens de faire)." (Ahmad, Abou Dâoûd, Ibné Mâja).

Abdoullah Ibné Oumar (radhia allâhou anhou) rapporte que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit: "En vérité, Allah a interdit le vin, les jeux de hasard, le tambour et le "Ghoubayrâ" (instrument à six cordes, luth ou autre instrument de musique.)" (Ahmad et Abou Dâoûd).

Abou Oumamah (radhia allâhou anhou) rapporte du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam): "Allah m'a envoyé comme miséricorde et guidée pour les mondes. Et Il m'a ordonné de faire disparaître les "mazâmîr", les "barâbit" et les "ma'âzif" (différents instruments de musique), ainsi que les idoles qui étaient adorées durant l'Ignorance ("Al Djâhiyliyah") ." (Ahmad)

Ibné Mas'oud (radhia allâhou anhou) rapporte: "La musique fait pousser l'hypocrisie ("Nifâq") dans le cœur." (Abou Dâoûd et Bayhaqui). Des propos semblables sont rapportés de Abou Houraïra (radhia allâhou anhou).

Anas (radhia allâhou anhou) rapporte du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam): "Celui qui s'assoit pour écouter une chanteuse aura du plomb fondu coulé dans les oreilles le Jour Final." (Abou Ishâq An naïsâboûri r.a.)

Ibné Mas'oud (radhia allâhou anhou) raconte que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) entendit un homme chanter la nuit. Il dit: "Pas de prière pour lui ! Pas de prière pour lui ! Pas de prière pour lui ! (C'est à dire que ses prières ne sont pas acceptées.) " (Abou Ishâq)

Ali (radhia allâhou anhou) cite ceci du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam): "J'ai été envoyé pour briser les instruments de musique." (Ibné Ghaylân)

Oumar (radhia allâhou anhou) rapporte du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam): "Le salaire du chanteur et de la chanteuse est illicite." (Tabrâni)



Certains hadiths, en revanche, nuancent un peu cette interdiction en rendant licite certains types de chant (embellir légèrement et de façon naturelle sa voix, sans s'efforcer de suivre les rythmes musicaux) et certains instruments musicaux comme le douff (jours de fête seulement) :

 Aïcha (radhia allâhou anha) raconte que Abou Bakr (radhia allâhou anhou) est entré chez moi une fois, alors que deux fillettes parmi les "Ansârs" étaient présentes. Elles étaient en train de chanter les actes (de courage et de bravoure) des "Ansârs" lors de la bataille de "Bou'ath". Mais elles n'étaient pas dé véritables chanteuses. Abou Bakr (radhia allâhou anhou) dit alors: "Quoi ? Des instruments (de musique) de Satan dans la maison de l'Envoyé d'Allah ?" C'était le jour de Ide. Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dit: "O Abou Bakr ! Chaque peuple a sa fête et c'est aujourd'hui la notre." (Boukhâri)

Bouraïdah (radhia allâhou anhou) dit: Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) partit une fois pour une campagne militaire. A son retour, une jeune fille noire vint le voir et dit: "O Envoyé d'Allah ! J'avais formulé le vœu que si Allah vous ramenait sain et sauf, je jouerai du "Douff" (il s'agit d'une sorte de tambourin, qui existait déjà à l'époque du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) et qui était employé aussi bien pour la musique que lors des proclamations et annonces publiques) en votre présence et je chanterai." Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) lui dit: "Si tu as réellement fait ce vœu, alors tu peux jouer… Au cas contraire, non." Elle commença alors à le faire. Abou Bakr (radhia allâhou anhou) entra et elle continua à jouer. Puis Ali (radhia allâhou anhou) entra et elle continua encore. Ce fut ensuite au tour de Ousmân (radhia allâhou anhou) d'arriver et elle ne s'arrêta pas. Enfin, Oumar (radhia allâhou anhou) entra: Elle cacha alors son "Douff" sous elle et s'assit dessus. Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) fit alors la réflexion suivante: "Satan a peur de toi, O Oumar ! J'étais assis et elle était en train de jouer du "douff". Abou Bakr (radhia allâhou anhou) est entré et elle a continué à jouer. Puis Ali (radhia allâhou anhou) est arrivé et elle a continué encore. Ce fut ensuite au tour de Ousmân (radhia allâhou anhou) d'arriver et elle ne s'est pas arrêtée. Enfin, lorsque tu es entré, O Oumar, elle a caché le "Douff" ! " (Ahmad et Tirmidhi)



Résumé de la position des 4 écoles de jurisprudence sunnites


Il y a certains types de musique et de chants au sujet desquels il y a unanimité entre les savants des quatre écoles de jurisprudence sur leur interdiction (Il est à noter que le mot employé par les juristes sur ce point pour désigner l'interdiction est bien "Harâm" et non pas "Makrouh"). Les voici:

Tout chant n'ayant pas d'autre cadre et objectif que la distraction et le divertissement, sans aucun but acceptable au niveau religieux ou mondain est interdit, qu'il soit accompagné de musique ou non.
L'emploi d'instruments crées uniquement dans un but musical et n'ayant pas d'autres fonctions est interdit, qu'il soit accompagné de chants ou non.
Tout chant ou musique conduisant à la négligence (à l'égard des devoirs religieux) ou au péché est interdit.
De faire carrière dans la musique et la chanson.

Il y a donc unanimité entre les savants musulmans sur l'interdiction de ces quatre formes de musique et de chants. Les Hadiths qui interdisent la musique s'applique donc à ces quatre éléments.

Il existe d'autres types de musique au sujet desquels il y a unanimité des savants sur leur caractère licite. Les voici:

Le chant de celui qui affine sa voix et l'embellit légèrement et de façon naturelle, sans s'efforcer de suivre les rythmes musicaux, et donc d'imiter les chanteurs, à condition que cela ne soit pas seulement par distraction et divertissement. Il faut que le chant soit motivé par une raison valable: comme le fait d'éloigner un sentiment de solitude, pour faciliter un long voyage, pour se donner du courage quand on fait un travail éprouvant, pour endormir un enfant, pour exciter sa monture, pour éloigner sa déprime, à condition également que les paroles prononcées ne contiennent rien d'interdit et à condition que l'on n'en fasse pas une habitude. Ce type de chants est tout à fait permis.
Il également permis d'accompagner ces chants par le "douff" (qui, rappelons-le, n'est pas un instrument purement musical), en certaines occasions spéciales, comme les mariages, les occasions joyeuses, les jours de fête etc…

Encore une fois, il y a unanimité entre les savants musulmans sur le caractère licite de ces deux choses, comme le rappelle également l'Imâm Ghazâli r.a. dans son ouvrage "Al Ihyâ" (Volume 2 / Pages 238 et suivantes). Les Hadiths qui autorisent les chants s'appliquent donc à ces deux éléments.

Enfin, il existe certains points sur lesquels les avis des savants divergent:

L'emploi du "douff" dans des occasions autres que celles mentionnées ci-dessus.
L'emploi du "douff" auquel sont attachées des clochettes.
L'emploi du "Qadhîb" (des baguettes de tambour) lors d'un mariage ou autre…
L'emploi des autres choses qui ne sont pas des instruments purement musicaux et qui ne produisent pas de sons mélodieux ("Moutribah") tant qu'ils ne sont pas accompagnés par des chants. Exemples: le frappement des mains, le battement sur une jarre etc… D'après certains savants de l'école châféite (comme Al Ghazâli r.a.), ces choses sont permises; la majorité des savants des quatre écoles cependant les considèrent comme "Makrouh" (déconseillé, blamâble).



Mon avis:

Les conditions sont globalement très restrictives, et la quasi-totalité de la musique écoutée aujourd'hui serait interdite d'après le point de vue "libéral". Les styles de musique autorisés le sont probablement parce qu'ils ne sont pas susceptible de procurer trop de plaisir. Je ne sais qui est à l'origine de ces prescriptions (Mohammed? Des califes, plus tard?), mais une chose me paraît évidente. En effet, la lecture du Coran était censée avoir un effet incomparable, tellement ses sonorités étaient belles, paraît-il. C'est possible, mais un tel effet n'est pas rare, dans l'art. On peut ressentir la même chose, se sentir transporté en écoutant une symphonie de Beethoven, ou des variétés. Cela n'a rien de divin. Ceux qui ont interdit la musique ont probablement eu pour but que les croyants ne ressentent pas un effet similaire à celui produit par la récitation du Coran, voire plus intense, avec de la musique (en particulier profane), et ce afin de faire perdurer le mythe de la beauté inimitable donc surnaturelle du Coran (d'après la tradition islamique, certains des premiers musulmans, comme Omar, se seraient convertis uniquement après avoir entendu les sonorités du Coran).
Voici un article du site Coranix à ce propos: http://www.coranix.org/biblio/kasimir/coran_mp3.htm

A ce sujet, un article plus "libéral" (en tout cas comparé à ce qui est cité ci-dessus, tout est relatif ;-) ): http://www.islamophile.org/spip/article574.html?var_recherche=musique

et un blog musulman qui soutient que la musique est interdite: "Preuves tirées du Coran sur l'interdiction du chant et de la musique"
"Les propos des compagnons, de leurs successeurs et des quatre imams"
"Lettre ouverte aux rappeurs, chanteurs et autres mesquineries dites « islamiques »"





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